A la veille du Ramadan, les banques émiraties ont précipité leurs diligences sur les actifs de la famille dos Santos, qui font l’objet d’une demande de coopération judiciaire angolaise.
Saisie depuis février d’une demande d’entraide judiciaire des autorités angolaises , la Financial Intelligence Unit de la Banque centrale des Emirats arabes unis a mis les bouchées doubles avant le début du Ramadan, le 13 avril. Le service a ainsi multiplié les sollicitations auprès des banques émiraties susceptibles de détenir des comptes ouverts par la fille de l’ex-président angolais, Isabel dos Santos, son mari Sindika Dokolo, décédé le 29 octobre dernier, et son associé Konema Mwenenge. A Luanda, Isabel dos Santos fait l’objet de plusieurs procédures judiciaires de sociétés d’Etat angolaises, notamment pour détournement d’argent public .
Comptes digitaux
Les banques, en retour, commencent à répercuter ces sollicitations sur leurs clients. La semaine dernière, l’Emirates NBD (ex-National Bank of Dubai) a ainsi gelé les comptes de l’homme d’affaires franco-congolais Konema Mwenenge, ami d’enfance, fondé de pouvoir et éternel associé de Sindika Dokolo. Au début du mois, deux autres banques avaient signalé des comptes à la Financial Intelligence Unit. L’une d’entre elles, la Mashreqbank, a depuis gelé les comptes, à la fois personnels et professionnels, que détenait Konema Mwenenge dans l’établissement.
Les diligences en cours ont également permis aux gendarmes financiers émiratis de faire des découvertes inattendues : certaines banques locales proposent en effet à leurs clients soucieux de discrétion des comptes bancaires au format électronique (digital account), sur le modèle de la banque américaine Payoneer. C’est le cas de l’Abu Dhabi Commercial Bank (ADCB), qui a autorisé Konema Mwenenge à ouvrir plusieurs de ces comptes – permettant également de réaliser des transferts d’argent en ligne – avec son passeport belge (l’homme d’affaires dispose aussi des nationalités française et congolaise).
Enfin, la Financial Intelligence Unit émiratie a sollicité les antennes locales de deux banques internationales : CitiBank et HSBC. Ces établissements n’ont pas encore, à ce jour, répondu aux demandes du gendarme financier de la fédération.
Opération coopération pour les Emirats
Soucieux d’améliorer leur réputation en matière de lutte contre le blanchiment, mais également contre la criminalité, les Emirats ont multiplié, ces derniers mois, les efforts en matière de coopération judiciaire et se sont efforcés de le faire savoir. La police de Dubaï a ainsi largement communiqué sur l’arrestation, le 21 mars, du Franco-Algérien Moufide Bouchibi, considéré comme le principal importateur de cannabis dans l’Hexagone.
Plus discrètement, les autorités émiraties se sont montrées mieux disposées à répondre aux sollicitations de la justice française sur la société de gestion de patrimoine Helin International, qui fut à la fois prestataire financier d’Areva (aujourd’hui Orano) mais également, et à titre personnel, de l’ancien directeur mines du groupe nucléaire, Sébastien de Montessus. Helin est au centre des enquêtes menées par la brigade financière sur le rachat, en 2007, de la junior canadienne UraMin par Areva et, d’autre part, sur la vente, à perte, d’uranium nigérien par le groupe nucléaire français en 2011.
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